Récit de 7 jours dans les vendanges, en Bourgogne!

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C’est à Saint Aubin (à une vingtaine de kilomètres de Châlon-sur-Saone), au domaine de Patrick Miolane, que je me suis rendue pour « faire les vendanges » pendant une semaine. Chaque année, en automne, les domaines viticoles embauchent de la main-d’œuvre pour cueillir le raisin. Cette tendance n’est plus toute jeune et elle perdure, même si une machine a depuis été mise au point: elle fait le travail de trente vendangeurs! Mais l’investissement est conséquent et la coupe à la main, plus respectueuse de la vigne, est privilégiée.

Faire les vendanges, c’est un travail long et pénible : mieux vaut être en bonne santé physique avant de s’engager dans les vignes. N’étant pas une grande sportive, c’est avec une petite appréhension que je me suis lancée dans l’aventure… (au final, spoiler alert : ça va). Voici mon journal de bord de ma semaine dans les vignes!

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Jour 1

Arrivée au domaine en fin d’après-midi avec ma grande sœur et ma mère (qui ont déjà fait les vendanges respectivement une et cinq fois), je constate d’emblée plusieurs choses :

– nous sommes cernés de toute part par les VIGNES et le raisin en général (même la nappe n’y échappe pas…!)

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– les vendanges permettent de rassembler des personnes de tous les horizons : étudiants en quête d’argent de poche, étrangers baroudeurs, babas cools, salariés en congés, chômeurs… En somme, une assemblée bien hétéroclite autour d’une bonne table où le vin coule à flot!

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Après s’être installées dans les dortoirs, direction l’apéro! S’en suit un bon repas – le premier d’une savoureuse série – lui aussi bien arrosé! La nuit semble courte : toutes celles qui suivront le paraîtront aussi… Réveil prévu à 6h15 pour être dans les vignes à 7h30!

Jour 2 – Premier jour de coupe

Comme on s’y attendait, le réveil est plutôt difficile. Après un petit-déjeuner rapide et une toilette de chat, direction les vignes de Puligny Montrachet. Chacun reçoit un sécateur numéroté qu’il gardera tout le long des vendanges et un seau. Je retrousse mes manches, enfile mes gants, on nous place dans un rang et c’est parti! La mise en route n’est pas trop compliquée. D’abord, enlever les feuilles de vigne qui cachent le raisin, puis couper la racine des grappes au niveau de la petite boursouflure (la légende raconte qu’après on coupe cette boursouflure dans notre sommeil, à force…). Mettre dans le seau, faire tout le pied, aller au pied suivant et rebelote! Très vite je finis par ramper de pied en pied pour gagner du temps (et aussi par pure paresse, je l’avoue). Une fois le seau rempli, la coutume est de crier « PANIER ! » pour qu’un porteur vienne prendre le seau et le vider dans une caisse. Dans la plupart des domaines, on ne retrouve pas ce système de caisses, le porteur a une espèce de grande poche dans le dos, comme un filtre à café géant… Une caisse remplie de raisin pèse trente-cinq kilos en moyenne, soit de quoi faire une trentaine de bouteilles de vin.

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Nous rentrons au domaine le midi. Pendant que les coupeurs et les porteurs déjeunent, les trieurs passent en revue les caisses, puis le traitement du raisin commence. Les tiges et la peau du raisin sont mis de côté. L’après-midi, nous allons dans les vignes de Chassagne. A force de me traîner par terre, mon jean change progressivement de couleur. Quelques gouttes de pluie rendent les rangs glissants. En rentrant au domaine, la pluie est chassée par le soleil, un arc-en-ciel apparaît… c’est l’heure de l’apéro! C’était ma première journée de vendanges… Je redoute le lendemain!

Jour 3 – Deuxième jour de coupe

En effet, j’ai mal partout! Le dos, bien sûr, mais aussi les cuisses, les genoux et les doigts. En commençant à 7h30, une seule chose me pousse à continuer : la perspective du casse-croûte, à 9h30! Le premier jour, boire du vin et manger du fromage à une heure aussi matinale me dégoûtait un peu. Le deuxième jour, je n’attendais plus que ça!

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Camembert, chocolat, pains au lait, fromage de tête, harengs… le tout arrosé de blanc comme de rouge. La reprise post-casse-croûte n’est pas très facile. Celle d’après le déjeuner, c’est encore pire! On a de la chance d’être logés et nourris, ce qui n’est pas le cas de tous les domaines… Nous passons l’après-midi dans les vignes de Gamay (prononcé à la bourguignonne : Gant-mé). Pour nous motiver à finir nos rangs, les porteurs prophétisent : « au bout la soupe »! Et en effet, une belle soupe à l’oignon nous attend au domaine. Une fois de plus, la nuit va être bonne…

Jour 4 – Troisième jour de coupe

Selon la légende, en vendanges, c’est le troisième jour le plus dur. Étrangement, ça peut aller! Mais la journée, passée dans les vignes de Saint Aubin Premier cru, me paraît interminable. Le soleil tape bien et à force de ramper par terre je me sens sale comme jamais.

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Je rêve d’une crème glacée et d’un bon bain moussant… à la place, c’est la queue devant la douche! Je m’échappe l’air de rien à Chagny, la petite ville voisine, pour boire piteusement un bon demi de bière pression… Quand je ferme enfin les yeux pour m’endormir, je vois des grappes. Je me réveille en train de couper dans le vide…

Jour 5 – Quatrième jour de coupe

C’est peut-être le quatrième jour le plus dur, finalement! Mal au dos, aux cuisses, aux genoux, aux doigts… et aux fesses, à forcer de ramper sur les cailloux! Point positif, j’ai pris de bonnes couleurs (je précise : grâce au soleil, pas grâce au vin. On parle d’un hâle, pas des grosses joues bien rouges)! Direction les vignes de Saint Aubin Village pour parfaire mon bronzage (et mes bleus aux fesses, donc). Une des vignes est en pente. Ma plus grande crainte : faire tomber mon seau et voir, impuissante, mes grappes dévaler le rang. Le soleil est encore plombant. Le camion nous porte de vigne en vigne : dépourvu de fenêtres, on se croirait pris en otage, on ne sait pas où on va (mais c’est peut-être stratégique : comme ça on ne voit pas tout le travail qu’il reste à accomplir).

Jour 6 – Cinquième jour de coupe

On sent que c’est la fin, c’est de plus en plus long! Une fois de plus, aujourd’hui, on coupe dans des vignes en pente. La vue est à couper (!) le souffle, mais pas le temps d’admirer : le domaine compte 9 hectares de vigne.

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Les coupeurs en semaine sont moins nombreux que le week-end : nous ne sommes « que » 22. Le groupe d’espagnols chante des chansons à tue-tête, ceux-là débordent d’énergie tandis que je commence à fatiguer. Le camion de preneurs d’otage nous dépose de vigne en vigne, comme d’habitude. Vers 17h, alors que notre dure journée de labeur touche à sa fin, on nous annonce, l’air sadique, qu’il reste encore une petite vigne et on en a terminé pour aujourd’hui! Allez, au bout la soupe! Résignés, la mort dans l’âme (j’exagère à peine), nous montons dans les camions qui nous emmènent… au domaine! C’était une blague! Quel humour, ces bourguignons…!

Jour 7 – Dernier jour de coupe

Encore une matinée et basta! Je suis très motivée par l’idée d’une bonne sieste post-repas l’après-midi. La vigne du jour est immense et elle tourne à un endroit, si bien qu’on n’en voit pas le bout… On fait un premier passage pour couper le raisin blanc, puis un second pour le noir. Un des porteurs me demande discrètement de lui donner mon portable : « ça va dégénérer quand on aura fini ». Et en effet, une bataille de raisin est lancée sitôt nos rangs terminés! Les grappes volent dans tous les sens et explosent au sol. Je me fais toute petite pour éviter les projectiles mais on finit par m’attraper et me mettre dans une caisse pleine de grappes pour m’en barbouiller… J’ai du raisin dans les cheveux, plein le ciré, dans les bottes, le pantalon, partout. Et c’est pas fini! Maintenant, nous prenons la route des Grands Crus en camion, portes grandes ouvertes, klaxons à fond, en criant à chaque fois que l’on croise des vendangeurs ou des villageois : c’est la tradition de fin de vendanges.

Arrivée au domaine, direction une douche bien méritée. Après avoir dégusté les meilleures lasagnes de toute ma vie, la sieste s’est imposée. Ce soir, c’est la paulée, il faut reprendre des forces. La paulée (ou cochelet dans la Marne), c’est la fête qui marque la fin des vendanges : tout le monde boit, tout le monde mange, tout le monde s’amuse. A 19h, on se retrouve dans les caves du domaine pour un premier verre. Patrick Miolane nous félicite pour notre travail : nous avons récolté 1847 caisses, soit une soixantaine de tonnes de raisin. Pas peu fiers de nous, on passe toute la soirée à chanter, boire, danser, boire, rire et boire, jusqu’aux premières lueurs du jour…

 

Pour conclure, cette semaine de vendanges a vraiment été une expérience particulière. Certes, c’est assez physique, c’est un travail pénible et répétitif, le confort n’est pas toujours au rendez-vous, les conditions d’hygiène peuvent être spartiates… Si vous pensez faire les vendanges dans un domaine où vous serez logés, mieux vaut être prêt au partage et à la vie en communauté. L’ambiance est généralement très détendue et baba cool (je n’ai jamais vu autant de dreadlocks dans un périmètre aussi restreint).

Je ne sais pas si je referai les vendanges un jour (j’ai bu plus de vin en six jours que dans toute ma vie, mon organisme ne l’a pas supporté) mais le cas échéant, je saurai à quoi m’en tenir et cette fois je serai mieux préparée!

Quelques petits conseils si vous prévoyez de faire les vendanges un jour :

– la Fashion Week de Saint Aubin, ça n’existe pas : pensez confort, pensez dégueu, les vignes sont sales, donc prenez de quoi vous salir en bonne conscience ;

– prenez de quoi vous protéger de la pluie (bottes, ciré) mais aussi du soleil (crème solaire et Biafine)

– prévoyez des gants si le domaine ne les fournit pas (une coupure de sécateur est si vite arrivée…)

– les vendanges, vous l’aurez compris, ça fait un peu mal partout (surtout si vous êtes novices): prenez du paracétamol en prévision, quelque chose contre les courbatures, et des granules d’arnica (conseillé par tous les vendangeurs).

Et un grand merci au domaine Patrick Miolane de Saint Aubin pour cette immersion, de m’avoir fait découvrir le travail de la vigne, pour les bouteilles en cadeau (elles attendront un peu, rapport à mes récents excès)… ! Maintenant que je sais tout le travail qu’il y a à accomplir pour faire du vin,je ne regarderai plus jamais les vignes comme avant…

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