Non, nous ne sommes pas tous faits pour être nomades

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On voit souvent des histoires sur le web et sur les médias sociaux de gens qui ont tout quitté et qui ont fait leur sac pour partir à l’aventure, gagner leur vie et vivre leur vie autrement. Chaque fois, j’ai une grande admiration pour ces gens qui ont osé couper complètement leurs racines à la recherche d’une autre vie, à la recherche de d’autres types de racines.

Mais je me suis arrêtée, un jour, et je me suis réellement posé la question. Je me suis rendu compte que même si j’admire ces histoires et que je les envie au plus profond de moi, j’aurais cette possibilité de faire la même chose, moi aussi. Je pourrais facilement vendre ma maison, quitter mon emploi, prendre tout mon argent et partir. Partir à l’aventure de ma vie et vivre cette vie qui me chatouille bien au fond, en-dedans. Je pourrais me trouver un travail relax dans un autre pays où le coût de la vie serait raisonnable et vivre ma vie comme je l’entends, sous le soleil et près de la mer, ou encore dans les montagnes ou les rizières. Oui, j’ai cette possibilité. Et vous l’avez aussi. Sauf que malgré tout, je ne le fais pas. Et les chances sont que vous ne le faites pas non plus (mais tout même, bravo si vous faites partie de ceux qui le faites).

nomades

Non, je ne le fais pas, car je ne suis peut-être pas une nomade dans le sang. Je suis une voyageuse dans le sang, ça oui, mais pas une nomade. Et il y a là une très grande différence. En tout cas pour moi…

Je crois que nous ne sommes pas tous nés pour être déracinés complètement. Et ici, faites la différence entre les racines et la routine. Personne n’est fait pour la routine (si vous avez compris comment vous y faire, je veux vos trucs), mais plusieurs sont faits pour les racines. Les miennes sont fortes, elles poussent et s’ancrent depuis longtemps, et dans les dernières années j’ai fait des choix de vie qui les ont fait pousser à vitesse grand V. Et j’ai l’impression que plus ces racines sont longues et ancrées, et plus il est difficile de changer son mode de vie pour être nomade.

Dans la dernière année, après mon voyage de deux mois et demi en Europe et en Asie, soit mon plus long à vie, j’ai commencé à bâtir ma vie sur une fondation qui m’est aujourd’hui très difficile de détruire. J’ai acheté une maison (ici, au Québec, c’est très abordable), j’ai adopté un chien, j’ai décroché un emploi que j’adore et dans lequel je peux m’accomplir d’une façon dont je n’aurais pas pu m’imaginer, j’ai mon copain, des projets à venir de fonder une famille et j’ai cette envie de vivre ma vie sans trop d’embûches. Ou du moins, avec le moins d’embûches possibles. J’ai fait ce choix de m’enraciner, en gardant le voyage parmi mes plus grandes passions. En fait, le voyage demeure MA plus grande passion : ne me demandez pas de passer mes quelques semaines de vacances dans mon pays. Je ne veux qu’en sortir et découvrir le monde. Par contre, ne me demandez pas non plus de tout quitter pour découvrir le monde. Tout quitter ce que j’ai bâti? Non… personnellement, ça me fait peur.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais oui, j’ai peur. J’ai peur de laisser tout ce que j’ai bâti pour simplement tenter de le reconstruire ailleurs. Je n’ai pas peur du « ailleurs » en tant que tel. J’ai peur d’essayer de simplement refaire des racines  dans ce fameux « ailleurs », de reporter mes rêves dans un autre pays que le mien. Autrement dit, j’ai peur d’essayer de recréer ce que j’ai fait ici au Québec, mais dans un autre pays où il fait simplement plus chaud et plus beau.

Je prône ce fameux moment présent dans plusieurs de mes articles, en disant que le voyage est une si belle façon de profiter du moment et de s’imprégner de tout ce qui nous entoure. Mais malgré tout, j’ai peur de partir et de vivre cette fameuse vie au moment présent sans penser aucunement au futur. J’ai peur d’arriver dans quelques années et de me rendre compte que oui, j’ai vu X pays et X paysages magnifiques, mais que je n’ai aucune fondation à ma vie. Aucune base sur laquelle reposer lorsque les aventures sont terminées.

J’ai envie d’avoir une maison avec une fondation, une famille qui l’habite et des rêves qui la remplissent. Je n’ai pas simplement envie d’avoir un toit.

J’ai envie d’avoir un emploi dans lequel je m’accomplis et dans lequel je me sens bien et où je peux entrevoir un futur. Je n’ai pas simplement envie d’avoir un chèque de paye.

Voyez-vous cette différence? Ça s’applique au voyage, mais partout ailleurs aussi dans une vie personnelle.

J’ai envie de profiter de ce qui m’entoure et d’apprécier la chance que j’ai de me trouver où je suis, mais j’ai envie d’y arriver même dans mon pays natal, sans chercher à me trouver ailleurs ou dans un autre pays. En fait, je ne sais pas si vous êtes pareil, mais j’ai envie de tout avoir. Voilà mon plus grand problème. Est-ce typique de la vingtaine ou est-ce simplement une question de personnalité?

J’ai peur qu’en voyageant, je ne remette simplement mes problèmes et mes joies dans un autre pays. Mais en même temps, j’ai peur qu’en ne quittant pas tout ce que j’ai fondé pour voyager, je passe aussi à côté de quelque chose. J’aimerais avoir le pain et le beurre, mais malheureusement, avec ces rêves qui sont beaucoup trop différents, je ne peux avoir que le pain ou le beurre.

 

Bref, je n’ai pas de réelle conclusion à cet article, parce que je n’ai pas non plus de réelle conclusion à cette pensée qui m’habite. La seule conclusion que j’en tire, c’est qu’il faut simplement assumer qui nous sommes vraiment. Vous êtes peut-être un nomade dans l’âme, qui n’a aucun problème à vivre au gré des aventures. Si vous êtes de ceux-là, je vous envie. Mais vous êtes aussi peut-être un voyageur dans le sang, qui garde chacun de ses dollars/euros pour voyager et qui a l’ambition de visiter chacun des pays se trouvant sur sa bucket list. Si vous êtes de ceux-là, je vous comprends.

Chose certaine, et je termine là-dessus, qui que vous soyez, je pense simplement qu’il faut que vous l’assumiez et que vous écoutiez ce que votre petite voix vous crie en-dedans. Si l’idée de tout quitter créé en vous une grande retenue, il faut peut-être le considérer. Si l’idée de ne pas tout quitter créé une plus grande retenue que l’inverse, alors il faut peut-être également le considérer. Je pense que notre fort intérieur sait très bien quelle décision il faut prendre. C’est l’éternel débat entre le cœur et la raison : pour certains, la raison est plus forte que le cœur, pour d’autres, c’est l’inverse. Alors à vous de vous écouter, vous êtes le mieux placé pour savoir qui vous êtes :)

 

 

 

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