Cette impression de rater sa vie quand on ne quitte pas tout pour voyager

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Oh oui, un autre de ces articles vide-cœur qui me fera du bien, et dans lequel vous vous retrouverez un peu, je l’espère. Sinon, je m’excuse d’avance de prendre 3-4 minutes de votre vie! Mais si ce texte peut faire du bien à une seule personne sur cette Terre, je serai bien heureuse de l’avoir écrit. D’une part pour me sentir un peu plus comprise, d’une autre part pour que cette personne puisse se sentir elle aussi comprise! Alors voilà…

Il y a de ces moments où on navigue sur Internet, et comme par hasard, on voit un tas de vidéos de gens qui font le tour du monde, des articles de voyage qui donnent juste envie de partir loin loin loin, des émissions de voyages qui nous montrent des images qui ne ressemblent en rien à ce qu’on voit quand on regarde par la fenêtre, des photos de voyage qui nous rappellent à quel point le monde est beau… plein de choses qui nous rappellent que nous, on est dans notre maison, en train de ne pas être en voyage, justement.

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Et dans ces moments-là précisément, on a ce sentiment infaillible que notre vie est ratée, que notre vie n’est pas aussi belle que celle des autres parce que nous, on ne voyage pas 24h sur 24, oh non : on est là, assis dans notre maison / appartement un beau dimanche matin, attendant patiemment que le lundi se pointe le nez pour retourner travailler. On attend que la routine suive son cours, et on attend nos prochaines vacances pour avoir, nous aussi, la chance de vivre des expériences hors frontières.

On regarde chez le voisin et on trouve leur herbe plus verte que la nôtre. On se compare, on s’attriste et on oublie de voir les petits moments positifs qui composent notre quotidien, ici, dans notre propre pays.

 

(Parenthèse… Je dis « on », assumant que vous partagez parfois ce sentiment, mais je vais poursuivre au « je », juste au cas…)

 

Bref, il y a de ces moments où je me dis que moi, j’ai probablement raté ma vie, j’ai probablement écrabouillé mes rêves en choisissant un mode de vie stable où je voyage pendant mes vacances, et où je travaille de 8h à 17h pendant le reste des semaines. Je me dis que moi, jamais je n’aurai le cœur de tout quitter pour voyager, comme tous ces autres qui pullulent sur les médias sociaux. Moi, j’ai choisi cette vie, et parfois, je m’en veux. Je m’en veux de ne pas avoir le coeur de dire au revoir à ceux que j’aime, de vendre ma maison, de quitter mon travail et de quitter mes loisirs pour partir plus loin.

D’autres fois, par contre, je me console. Est-ce que moi, puisque je n’ai pas tout quitté pour voyager, j’ai raté ma vie et fait les mauvais choix? Est-ce que vraiment, le bonheur et l’équilibre se trouvent JUSTE en voyageant et en quittant tout le reste pour découvrir le monde? J’en doute. En fait, pour être honnête, il y a des moments où j’en doute, d’autres non.

goodbye

Voyager, c’est évidemment un moyen ultra facile d’atteindre le bonheur, mais on ne peut pas avoir ce mode de vie tout le temps! Un  jour, oui, un jour, il faut revenir. Un jour, il faut accepter ce quotidien et le vivre. De tout quitter pour voyager est, pour moi, l’idée de repousser à plus loin la vraie vie. Ça, c’est mon premier argument. Celui que je me répète quand je vis mon sentiment de « gâcher ma vie parce que je ne voyage pas 24h / 24 ».

Et mon deuxième argument, c’est celui-ci. Oui, j’aimerais bien tout quitter pour voyager quelques années, comme tout le monde. Mais en même temps, j’ai peur que si je passe à l’acte, le temps finisse par me rattraper. À 30 ans, je verrais mes amies sur Facebook avec leur petite famille, je verrais mes meilleures amies en train de faire des soupers de fille, je verrais mon terrain de tennis préféré bondé de tous les joueurs, mais moi, je ne serais nulle part dans ces photos. Je serais loin, très loin, en train de voyager.

J’ai de la difficulté à m’imaginer toujours sur la route avec mon sac à dos, à voyager le monde jour après jour, après jour, après jour. J’ai peur de rechercher un brin de routine, à un moment, et de chercher des attaches et des racines en bâtissant des relations avec des gens que je croise, par ci par là, même à l’autre bout du monde. En effet, ne croyez-vous pas qu’après plusieurs années à voyager et à « tout quitter », on recherche à reproduire un partie de son quotidien, mais dans un autre paysage?

Moi, et c’est peut-être seulement moi, j’ai l’impression que oui. Ici, au Québec, j’ai cette grande facilité à voir l’herbe plus verte chez le voisin. Mais j’ai peur qu’en quittant tout et en voyageant, je finirais par voir l’herbe plus verte que la mienne, encore une fois.

J’adore voyager, j’aimerais toujours voyager. Mais de plus en plus, je tente de me convaincre que je n’ai pas besoin de tout laisser derrière pour voir le monde, que je n’ai pas besoin de tout quitter pour voyager et trouver le bonheur. J’ai envie de trouver mon bonheur dans les petites choses de la vie et oui, évidemment, de voyager, mais à mon rythme. Je veux voyager dès que je le peux, sans mettre une croix sur tout ce que j’ai bâti ici.

Pour moi, et c’est ce que je réalise de plus en plus, tout quitter n’est pas nécessairement la solution. Avez-vous la chance de vous réaliser personnellement et professionnellement dans votre travail? Avez-vous la chance d’avoir un amoureux et une famille que vous aimez et avec qui vous aimez passer du temps? Avez-vous la chance d’avoir un salaire et des vacances (peu de vacances peut-être, mais bon…) qui vous permettent de voyager et de découvrir le monde, sans tout quitter, justement? Si oui, alors pourquoi tout laisser derrière? Si vous êtes heureux dans votre quotidien, je crois que le voyage ne sert qu’à l’embellir.

Là où je veux en venir, c’est que probablement que vous aussi, vous avez eu cette envie prenante de tout laisser derrière et de partir à l’aventure. Vous l’avez probablement encore, cette envie. Cachée loin derrière et prête à bondir n’importe quand, ou bel et bien présente dans votre esprit à chaque jour de votre vie. Mais en même temps, si vous êtes comme moi, vous savez très bien que tout quitter n’est pas la solution. Ou bref, peut-être pas votre solution.

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(pause)

 

Je me relis et mon texte ne se suit pas vraiment, et je me rends compte qu’il n’a pas de début et de fin, ni de « morale de l’histoire ». Mais reste que c’est un sentiment qui m’habite et qui me rend incertaine.

Est-ce que c’est la même chose pour vous?

 

J’hésite à peser sur « publier », si vous saviez. Je vois déjà les commentaires négatifs s’écrire sur Facebook, ou directement ici. Mais tant pis…

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Commentaire / Question

3 Réponses

  1. Bonjour Ariane,

    (Pardon d’avance pour la longueur de ce commentaire)

    Ton article m’a touchée, pour plusieurs raisons. Il y a 4 ans j’ai mis mes affaires dans un garde meubles et j’ai décider de voyager. Depuis enfant, chaque fois que je voyais un avion, je m’imaginais volant vers mille destinations incroyables. Pensant à l’herbe qui serait plus verte à l’horizon. Mais alors que je vivais enfin ce rêve, l’herbe paraissait encore et toujours plus verte ailleurs, et surtout chez les autres. Je n’arrivais pas vraiment à me satisfaire de ce que j’avais (enfin pas tout le temps hein, tout de même ! je n’échangerais ces années pour rien au monde) Une force sourde me poussait toujours à repartir avec l’impression qu’il manquait toujours un petit ingrédient pour que j’arrive à atteindre l’idéal.

    Je crois qu’il faut surtout arrêter de comparer. Ne pas se laisser influencer par l’extérieur mais ressentir au fond de nous ce qui est bon, ce qui est juste. Nous sommes tous différents, ce qui parait génial pour un autre ne nous conviendrais peut être pas. La vie que nous rêvons pour nous n’a pas à suivre des modes ou des rêves collectifs. Alors je me suis demandée, quel est réellement, profondément, la vie dont je rêve ? Depuis longtemps il y a ce mythe du voyageur, qui quitte tout pour partir sur les routes, traverser les océans et vivre de folles aventures. Mais ça ne convient pas à tout le monde. Et je pense que nous avons tous besoin d’un ancrage, de construire des choses, et de suivre son propre fil. Et moi c’est exactement ce qu’il me manque, un socle, un fil qui me guide, un but. Je voyage, je travaille ici et là, j’ai fait des saisons d’été pour repartir l’hiver. Mais je ne me construit rien personnellement et professionnellement. Je vis au jour le jour, et c’est agréable, certes, mais je n’ai pas la sensation de construire quelque chose dans la durée. J’apprends à me découvrir, me connaître, je rencontre le monde, des cultures différentes, je m’enrichit, c’est sûr. Mais en ce moment, je ressens de plus en plus un besoin vital d’inscrire des bases, des fondations. Depuis deux mois, j’ai posé mes valises. J’ai enfin un chez moi, et je jubile de pouvoir contempler tous ces souvenirs de voyage, de cuisiner tous ces plats glanés ici et là. Je ne souhaite pas renoncer au voyage, évidement, mais le faire en conscience, en équilibre. Trouver ma stabilité, et ce même si je continue à voyager.

    Lorsque tu dis :
     » J’ai peur de rechercher un brin de routine, à un moment, et de chercher des attaches et des racines en bâtissant des relations avec des gens que je croise, par ci par là, même à l’autre bout du monde. En effet, ne croyez-vous pas qu’après plusieurs années à voyager et à « tout quitter », on recherche à reproduire un partie de son quotidien, mais dans un autre paysage?  »

    Pour moi, ça a été le cas. Il y a des avantages à cela, j’ai appris à me sentir chez moi partout où j’étais. Je fais mes marques très vite et je me crée un quotidien confortable mais éphémère. Cela peut être pendant une semaine comme plusieurs mois. J’installe ma petite routine, mes endroits favoris, je crée des liens et me sens un peu comme chez moi. Mais un jour il faut repartir. Et tout recommencer à zéro. C’est un cadeau qui pour moi, au bout d’un certain temps, n’en est plus un. Au bout de quatre ans, je suis fatiguée. Je ne sais plus ou est mon centre, je n’ai pas de vrai quotidien, j’ai beaucoup d’amis et en même temps aucun, car chacun habite à un endroit différent. Je suis donc constamment loin de personnes qui me sont chères. Parfois je rêve d’avoir un cercle d’amis, que je peux voir régulièrement, sans avoir besoin de prendre un train, un avion, un visa et de trimballer sac ou valise. Depuis deux mois, j’ai mes habits sur des cintres. C’est tout bête mais le fait de pouvoir ranger mes vêtements, ça représente beaucoup. Déballer mes cartons fut un grand moment !

    Donc je comprends tes raisons, et je suis emplie d’un dilemme similaire.

    « Pour moi, et c’est ce que je réalise de plus en plus, tout quitter n’est pas nécessairement la solution. Avez-vous la chance de vous réaliser personnellement et professionnellement dans votre travail? Avez-vous la chance d’avoir un amoureux et une famille que vous aimez et avec qui vous aimez passer du temps? Avez-vous la chance d’avoir un salaire et des vacances (peu de vacances peut-être, mais bon…) qui vous permettent de voyager et de découvrir le monde, sans tout quitter, justement? Si oui, alors pourquoi tout laisser derrière? Si vous êtes heureux dans votre quotidien, je crois que le voyage ne sert qu’à l’embellir. »

    Tout ça pour dire (oui je sais, je parle beaucoup !) que tes arguments, et tes raisons ne pas vouloir tout plaquer sont bien fondés. J’ai eu besoin d’expérimenter pour comprendre et accepter de me poser. Toutes ces années de voyage m’ont nourries de bien des manières, avec des hauts et bas, mais maintenant que je suis revenue à un semblant de quotidien, je suis déstabilisée, et un peu perdue. Finalement, je ne sais pas vraiment où je vais ! Et je sens qu’il va me falloir un petit moment pour trouver ma stabilité intérieure. J’ai tourné longtemps et maintenant que je me suis posée, j’ai encore le tournis.

    Si tu es vraiment heureuse et épanouie dans ton quotidien, et que tu arrive à voyager quand et comme tu le souhaite alors c’est tout ce qu’il y a de mieux. Mais si tu as peur de regretter plus tard de ne pas être partie à l’aventure comme tu l’aurais souhaité, alors envole toi sur les routes. Rien ne t’oblige à tout plaquer, à tout lâcher. Tu peux peut-être arriver à mettre certaines choses sur pause. Tout n’est obligé d’être définitif et extrême. Même 6 mois, ou un an (qui au final représente peu dans une vie) à parcourir le monde, peuvent t’enrichir et te combler pour le reste de ta vie. La seule chose importante c’est de faire à son rythme, et de s’écouter attentivement.

    Désolé encore pour la longueur du texte, d’ailleurs pour être honnête j’hésite à l’envoyer. Je me rend compte que j’ai beaucoup parlé, mais en même temps qu’importe. Après avoir lu, j’ai eu envie d’écrire et d’exprimer. Tu as abordé le voyage sous un angle assez inhabituel mais très intéressant. Tu soulève de bonnes questions. Ton article à mis des mots sur différentes pensées et sentiments qui m’habitaient, et je t’en remercie ! Je te souhaite une vie pleine et palpitante, où que tu sois !

    • Wow bonjour à toi :)
      Ton commentaire est certes long, mais au moins rempli de sens. Je l’ai lu en entier, merci d’avoir partagé ta vision et ton expérience, c’est toujours tellement plaisant à lire. Je t’envie un peu d’avoir vécu l’aventure et au moins d’avoir compris qu’elle était belle, et moins belle parfois. Personnellement je l’ai vécue deux mois et demi, ce fut le plus long voyage de ma vie, mais je n’ai rien eu à laisser derrière pour y arriver. J’en aurais long à te répondre également, mais je le fais en direct de l’aéroport et suis à veille d’embarquer dans l’avion. Cette discussion pourrait durer 3 heures devant un bon café. Tu habites la France? Le Québec? Qui sait, on s’y croisera peut-être un jour.

  2. Bonjour Ariane,

    j’ai beaucoup aimé lire ton post. C’est vrai que la tendance est plutôt au blog de voyage du genre: »j’ai tout quitté pour vivre sur la route », les photos font rêver et lorsque l’on travaille à des heures régulières, il y a moins de place pour l’improvisation et l’inattendu. Ton article amène une notion différente du voyage. L’herbe est verte si tu veux la voir de cette couleur, j’ai dû vivre à l’étranger pour m’en rendre compte (d’ailleurs, ce n’est pas parce que l’herbe est plus vert ailleurs qu’elle est meilleure). Vivre dans un environnement complètement différent du mien, m’a appris ce don j’avais besoin, ce dont j’avais envie, d’où je venais et surtout de ne pas en avoir honte. La honte, c’est presque ce qui m’a fait hésité à revenir, mais on devrait jamais avoir honte de vouloir être heureux. Partir, rester, voyager 2 jours, un mois, 10 ans, l’avantage de notre temps et de la diffusion de l’information via le numérique, c’est que chacun peut se concocter son propre plan de vie, tout est possible. Les nouveautés deviennent des modes, et la mode n’appelle qu’à être suivie. Dans ce brouhaha, c’est dur de voir ceux qui ont fait le choix et n’imaginent pas leurs vies autrement, et ceux qui veulent vivre des choses extraordinaires pour être vu comme des personnes pas ordinaires. Ce qui est dommage car je pense qu’il est tout à fait possible de rendre son quotidien magique et d’être le super héro de sa vie sans avoir besoin de faire le tour du monde. La considération passe par l’acceptation de soi dans le monde. Je ne regrette pas mon expérience, elle m’a beaucoup aidé à un moment où j’en avais besoin mais quand je lis les blogs de voyageurs, je ne les envie pas parce que ce n’est pas ce que je veux. Les gens ne devraient pas se sentir coupables parce qu’ils ont une vie différente de ceux qui représentent la tendance. Donc, vive la vie, vive les voyages et vive les choses simples du quotidien!!!

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